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Vidéo. Hicham Lasri, ép. 1: «Heureux que le PJD dégage et je ne suis pas l’Office du tourisme»
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Vidéo. Hicham Lasri, ép. 1: «Heureux que le PJD dégage et je ne suis pas l’Office du tourisme»

Grand cinéaste, réalisateur, scénariste mais aussi romancier et dessinateur, Hicham Lasri est incontestablement la figure la plus iconoclaste du cinéma marocain. Son talent, immense, n’a d’égal que son franc-parler et sa (très) faible inclination à faire des concessions. Et aux slogans, bien souvent creux, il oppose le travail… bien fait. Dans cette interview en quatre parties, Hicham Lasri se raconte et nous parle de sa vision de l’art, du cinéma et de «son» Maroc.

Des récentes élections et de la défaite cuisante du Parti de la justice et du développement

«Pour moi, les élections au Maroc relèvent toujours du folklore. Sinon, pourquoi assistons-nous toujours à des disputes autour de quelques dirhams aux sorties des bureaux de vote? Pourquoi candidats et électeurs continuent-ils de jeter les flyers des campagnes à même les rues? Pourquoi ni les uns ni les autres ne se considèrent chez eux au Maroc et veulent juste profiter de l’instant pour tirer un maximum de profit? Dans tout cela, pour les questions d’intérêt général, il faudra repasser.»

Pour autant, «je suis content que le PJD ait été dégagé par les urnes. Ces gens-là nous ont fait revenir des décennies en arrière et, faute d’avoir les manettes de l’économie, ont fait de la culture leur souffre-douleur. Avec leur « art propre », ils ont insulté l’intelligence des Marocains et leur capacité de discernement. Ils ont consacré l’idée que pour être libre au Maroc, il faut se cacher. Et même là-dessus, ils ont eu un sérieux problème de légitimité, puisqu’ils ont été les premiers à défrayer la chronique par leurs scandales sexuels.»

Du prochain gouvernement 

«Je pense que sa tâche va être des plus faciles, puisque sous le PJD, nous ne pouvions pas tomber plus bas. Nous avons testé les partisans de la vertu et cela n’a rien donné, si ce n’est consacrer une certaine forme d’immaturité. Je suis sûr qu’avec les promoteurs du carpe diem, les choses avanceront dans le bon sens. Ils n’ont pratiquement rien à faire, si ce n’est lever le pied sur le frein. Plus sérieusement, j’espère que, pour une fois, nous pourrions sérieusement aller de l’avant et construire quelque chose de beau et d’achevé. Nous sommes tous fatigués des approximations et de l’à-peu-près, que ce soit dans nos infrastructures, nos services sociaux ou nos mentalités. Une chose est sûre: nous ne pouvons pas demander au citoyen lambda de ne pas jeter d’ordures dans la rue alors que tout autour est chaos et laideur. Essayez de promener votre enfant dans une poussette à Casablanca et vous comprendrez.» Nous avons des problèmes, il faut les régler. Une bonne fois et pour toutes.

De la politique culturelle à adopter au Maroc

«Avant d’arriver à une politique, il faut d’abord choisir quelle philosophie culturelle nous voulons. Je me suis longtemps confronté au PJD parce que ce parti voulait une culture consensuelle qui arrange tout le monde. Or, c’est impossible, puisqu’au final, nous aboutissons à une forme de totalitarisme qui prend les gens pour des idiots. Partant, on peut soit promouvoir une culture destinée à la consommation intérieure, histoire de remplir quelques affiches du Megarama, soit opter pour une culture du rayonnement. Je pense que les deux sont possibles, mais il faut distinguer. Parlant du cinéma, nous sommes aujourd’hui à l’ère du streaming, et, pour avoir fait un film pour Netflix, je peux vous dire qu’il faut être au top niveau et travailler avec des standards internationaux, sans parasites et surtout avec beaucoup de compétences.»

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De l’art et de l’image du pays

«On m’accuse souvent de porter atteinte à l’image de mon pays dans mes films. Mais je ne suis pas l’Office du tourisme. Le cinéma, c’est une technique et un art. Et ce que je fais, c’est raconter des histoires qui voyagent partout dans le monde, remportent des prix. Les gens achètent tout en se disant qu’au vu de tel ou tel film, le Maroc est un pays démocratique et ouvert. C’est cela qui n’a pas de prix.»

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